# L’hystérosalpingographie favorise-t-elle vraiment la grossesse ?
Depuis plus d’un siècle, l’hystérosalpingographie (HSG) occupe une place centrale dans le diagnostic de l’infertilité féminine. Cet examen radiologique, initialement conçu pour visualiser l’anatomie utérine et tubaire, s’est progressivement révélé comme bien plus qu’un simple outil diagnostique. Les observations cliniques répétées ont montré qu’un nombre significatif de patientes conçoivent spontanément dans les mois suivant l’examen, même sans traitement supplémentaire. Cette propriété thérapeutique inattendue a suscité un intérêt croissant dans la communauté médicale. Avec l’évolution des techniques d’assistance médicale à la procréation, la question se pose : l’HSG peut-elle réellement augmenter vos chances de concevoir naturellement, et dans quelle mesure cet examen devrait-il être privilégié avant d’envisager des interventions plus invasives comme la fécondation in vitro ?
Qu’est-ce que l’hystérosalpingographie et comment se déroule cet examen radiologique
L’hystérosalpingographie représente une technique d’imagerie médicale spécialisée permettant l’exploration radiologique de la cavité utérine et des trompes de Fallope. Contrairement à une radiographie standard qui ne permettrait pas de visualiser ces structures composées de tissus mous, cet examen nécessite l’injection d’un produit de contraste opaque aux rayons X. La procédure se déroule généralement entre le 8ème et le 13ème jour du cycle menstruel, période durant laquelle l’endomètre est le plus fin, facilitant ainsi la visualisation des structures internes. Cette fenêtre temporelle garantit également que vous n’êtes pas enceinte, la grossesse constituant une contre-indication absolue en raison de l’exposition aux rayonnements ionisants.
Le déroulement pratique de l’examen commence par votre installation en position gynécologique sous un appareil de fluoroscopie. Après une désinfection minutieuse de la région vulvaire et périnéale, le radiologue introduit un spéculum pour visualiser le col utérin. Une canule spéciale, souvent munie d’un ballonnet ou d’une ventouse, est ensuite placée au niveau du col pour assurer l’étanchéité nécessaire à l’injection du produit de contraste. Cette étape est cruciale car elle permet de maintenir une pression suffisante pour que le liquide opaque remplisse progressivement la cavité utérine, puis s’engage dans les ostiums tubaires avant de parcourir l’intégralité des trompes de Fallope.
Le protocole d’injection du produit de contraste iodé lors de l’HSG
L’injection du produit de contraste constitue le moment clé de l’hystérosalpingographie. Le radiologue procède à une injection lente et progressive, généralement entre 10 et 20 millilitres de produit, sous contrôle scopique en temps réel. Cette approche graduelle permet d’observer la distension de la cavité utérine, la mise en évidence de son relief muqueux, puis la pénétration du produit dans les trompes. Le choix du produit de contraste s’avère déterminant : les solutions hydrosolubles traditionnelles à base d’iode sont couramment utilisées depuis des décennies, mais les produits liposolubles comme le Lipiodol Ultra-Fluide gagnent en popularité en raison de leurs propriétés thérapeutiques supérieures.
La technique d’injection requiert une expertise particulière. Une pression excessive pourrait provoquer des douleurs importantes ou, dans de rares cas, un passage intraveineux du produit de contraste. À l’inverse, une pression
insuffisante ne permettra pas au produit de contraste de franchir les ostiums tubaires, donnant une fausse impression de trompes « bouchées ». C’est pourquoi le radiologue ajuste en permanence le débit et la pression d’injection en fonction de vos sensations et des images obtenues. Dans la plupart des centres, un antalgique simple est recommandé une heure avant l’examen afin de limiter les crampes utérines, comparables à des douleurs de règles. En cas d’antécédents particuliers (endométriose sévère, interventions utérines), le protocole peut être adapté et l’équipe vous informe en amont des précautions spécifiques.
La fluoroscopie et l’imagerie dynamique des trompes de fallope
L’hystérosalpingographie moderne repose sur la fluoroscopie, c’est-à-dire une radiographie en temps réel. Contrairement à un simple cliché fixe, la fluoroscopie permet au radiologue de suivre en direct la progression du produit de contraste dans la cavité utérine, puis le remplissage et le « passage » au travers des trompes de Fallope. Vous pouvez imaginer cela comme un petit cours d’eau coloré que l’on observe s’écouler dans un réseau de canaux très fins : le trajet, la vitesse et les éventuelles stagnations donnent de précieuses informations sur la fertilité tubaire.
Concrètement, plusieurs séries d’images sont réalisées à des étapes clés : remplissage de la cavité utérine, franchissement des ostiums tubaires, opacification du segment isthmique et ampullaire des trompes, puis diffusion du produit dans la cavité péritonéale autour des ovaires. L’observation d’un « nuage » de contraste se répandant librement dans le pelvis signe habituellement une bonne perméabilité tubaire. À l’inverse, un arrêt net du produit ou une opacification tubaire dilatée sans débordement péritonéal évoquent une obstruction partielle ou totale, avec un impact potentiel sur vos chances de grossesse naturelle.
Les différences entre l’HSG conventionnelle et l’hystérosalpingo-contrast-sonography
Depuis une vingtaine d’années, une alternative à l’hystérosalpingographie classique s’est développée : l’hystérosalpingo-contrast-sonography, souvent abrégée en HyCoSy ou HyFoSy. Au lieu d’utiliser les rayons X, cette technique recourt à l’échographie pelvienne et à l’injection intra-utérine d’un produit de contraste échogène (souvent une mousse ou un gel spécifique). Le principe reste identique : remplir la cavité utérine, puis visualiser le passage du produit dans les trompes et son débordement dans la cavité péritonéale. Pour vous, patiente, l’examen se vit un peu comme une échographie gynécologique prolongée, sans irradiation.
En pratique, l’HSG conventionnelle au produit iodé garde plusieurs avantages : une excellente résolution spatiale, une visualisation fine du relief de l’endomètre, et surtout la possibilité d’utilisation de produits liposolubles comme le lipiodol, dont l’effet thérapeutique sur la fertilité est désormais bien documenté. L’HyCoSy présente, elle, l’avantage de l’absence de rayons X et d’un risque allergique potentiellement moindre, ce qui peut rassurer certaines patientes. Cependant, toutes les études ne montrent pas la même efficacité en termes d’augmentation des taux de grossesse après examen, en particulier en l’absence de produits liposolubles. Dans la pratique clinique, les deux approches ne s’opposent pas mais se complètent, et le choix dépend de votre situation médicale, de votre bilan d’infertilité et des habitudes du centre qui vous suit.
La durée d’exposition aux rayons X et les mesures de radioprotection
Une question revient souvent : « Vais-je être beaucoup irradiée pendant une hystérosalpingographie ? ». Les doses délivrées lors d’une HSG sont en réalité faibles et strictement contrôlées. Grâce aux appareils modernes de fluoroscopie numérique, le temps d’exposition effectif se limite généralement à quelques dizaines de secondes, réparties sur toute la durée de l’examen. On est très loin des doses utilisées pour une radiothérapie par exemple, et bien en deçà des seuils de toxicité connus pour les ovaires ou l’endomètre.
Des mesures de radioprotection sont appliquées systématiquement : utilisation du temps de scopie le plus court possible, collimateurs pour limiter le champ irradié à la zone pelvienne, optimisation des paramètres techniques en fonction de votre morphologie. Par ailleurs, l’examen est strictement planifié en dehors de toute grossesse potentielle, avec dosage sanguin de β‑hCG en cas de doute. Vous pouvez donc être rassurée : dans le cadre d’un bilan d’infertilité, le bénéfice diagnostique et thérapeutique de l’hystérosalpingographie dépasse largement les risques liés à l’irradiation, qui restent très faibles et ponctuels.
L’effet thérapeutique du lavage tubaire par le produit de contraste
Au-delà de son intérêt diagnostique, l’hystérosalpingographie agit comme un véritable « lavage » des trompes, ce que l’on appelle le lavage tubaire. Lorsque le produit de contraste parcourt la lumière tubaire sous une pression contrôlée, il peut déloger de petits obstacles mécaniques ou muqueux et améliorer la perméabilité des trompes. Ce phénomène est comparable au débouchage d’un fin tuyau d’arrosage : un flux légèrement plus soutenu va parfois suffire à chasser des dépôts qui ralentissaient, voire bloquaient, le passage de l’eau. C’est précisément cet effet mécanique qui explique pourquoi tant de femmes constatent une grossesse spontanée dans les mois suivant une HSG, alors même qu’aucune autre intervention n’a été réalisée.
Le décollement des adhérences endoluminales par le lipiodol
Les produits de contraste liposolubles, comme le lipiodol, présentent une viscosité et une tension superficielle particulières qui leur confèrent une forte capacité à décoller les adhérences fines à l’intérieur de la lumière tubaire. Ces adhérences endoluminales sont souvent la conséquence de micro-inflammations anciennes, d’infections génitales basses ou d’endométriose débutante. Elles peuvent ne pas obstruer complètement la trompe, mais créer des irrégularités internes qui ralentissent ou empêchent la rencontre entre l’ovocyte et les spermatozoïdes.
Au contact de ces micro-adhérences, le lipiodol agit un peu comme une huile très fluide glissant entre deux surfaces collées : en progressant lentement et en exerçant une légère traction, il peut les désolidariser sans léser la paroi tubaire. Plusieurs travaux cliniques suggèrent que cet « effet décollement » est plus marqué avec les produits liposolubles qu’avec les produits hydrosolubles classiques. C’est l’une des raisons pour lesquelles on observe, après HSG au lipiodol, une augmentation significative du taux de grossesses spontanées, même chez des femmes dont les trompes paraissaient seulement « un peu ralenties » et non totalement bouchées.
L’action mécanique de la pression hydrostatique sur les obstructions partielles
Au-delà des adhérences fines, certaines femmes présentent des obstructions tubaires partielles, parfois situées au niveau de l’isthe ou de la jonction utéro-tubaire. Ces zones de rétrécissement peuvent se comporter comme des « goulots d’étranglement » : le produit de contraste a du mal à les franchir à faible pression, mais un flux modérément plus élevé peut suffire à les forcer. Pendant l’hystérosalpingographie, la pression hydrostatique exercée par le produit injecté est précisément contrôlée, ce qui permet d’ouvrir de petites sténoses sans traumatiser la trompe.
On peut comparer cette action à celle d’un débouchage doux de canalisation, où l’on envoie de l’eau sous pression modérée pour faire céder un bouchon souple, mais sans détériorer le tuyau lui-même. Lorsque la pression est suffisante, l’obstacle se rompt ou se déplace, libérant le passage. Sur les images de fluoroscopie, cela se traduit parfois par un passage brutal du produit dans une trompe jusque-là peu ou pas opacifiée, puis par un débordement péritonéal net. Clinquement, ces « levées de blocages » se traduisent souvent par une amélioration immédiate du pronostic de fertilité naturelle, en particulier si l’obstacle concernait la dernière trompe fonctionnelle.
La dissolution des bouchons muqueux et débris cellulaires dans la lumière tubaire
Les trompes de Fallope ne sont pas de simples conduits inertes : leur muqueuse sécrète du mucus et des protéines, et des cellules desquamées peuvent s’y accumuler. Avec le temps, ces éléments peuvent former des bouchons muqueux ou des amas cellulaires qui nuisent au transport de l’ovocyte et des spermatozoïdes. L’injection de produit de contraste lors d’une HSG joue également un rôle de « rinçage chimique », favorisant la dissolution ou l’évacuation de ces débris.
Les produits iodés, qu’ils soient hydrosolubles ou liposolubles, modifient transitoirement la viscosité du mucus tubaire et stimulent parfois un nettoyage réflexe de l’épithélium cilié. Comme lorsqu’on rince un petit filtre encrassé sous un jet d’eau, de nombreux micro-débris sont emportés vers la cavité péritonéale, où ils seront résorbés. Ce nettoyage mécanique et chimique pourrait expliquer pourquoi l’effet bénéfique sur la fertilité semble particulièrement marqué dans les six mois suivant l’hystérosalpingographie : c’est la période durant laquelle les trompes sont le plus « nettoyées » et fonctionnellement optimisées.
Les propriétés immunomodulatrices des produits de contraste hydrosolubles versus liposolubles
Outre leur action mécanique, plusieurs travaux suggèrent que les produits de contraste pourraient exercer un effet immunomodulateur au niveau utérin et tubaire. Certaines femmes présentant une infertilité inexpliquée ont en effet des anomalies subtiles de la réponse immunitaire locale, qui peuvent perturber la survie des spermatozoïdes ou l’implantation embryonnaire. Les produits hydrosolubles et liposolubles ne semblent pas agir de la même façon sur cet environnement immunitaire.
Les produits hydrosolubles sont rapidement éliminés et ont surtout un effet transitoire de dilution des médiateurs inflammatoires présents dans la cavité utérine et les trompes. Les liposolubles, eux, persistent plus longtemps et se déposent partiellement dans les tissus, où ils pourraient moduler la réponse inflammatoire de bas grade, réduire certaines réactions auto-immunes locales et améliorer la tolérance à l’embryon. Bien que les mécanismes exacts restent encore en cours d’étude, cette dimension immunologique pourrait contribuer, aux côtés de l’effet « lavage », à l’augmentation des taux de grossesse après HSG au lipiodol par rapport aux produits hydrosolubles classiques.
Les études cliniques validant l’augmentation du taux de fertilité post-HSG
Les observations empiriques de grossesses spontanées après hystérosalpingographie ont conduit à la réalisation de nombreuses études cliniques. Il ne s’agissait plus seulement de constater un « effet coup de chance », mais de mesurer rigoureusement dans quelle proportion l’HSG, et en particulier l’HSG au lipiodol, améliore réellement les chances de grossesse. Plusieurs essais randomisés et méta-analyses, dont certains publiés dans des revues de référence comme le New England Journal of Medicine, ont apporté des éléments solides pour répondre à cette question cruciale pour les couples en parcours d’infertilité.
L’essai randomisé H2Oil comparant le lipiodol et les produits hydrosolubles
L’essai H2Oil, conduit aux Pays-Bas, est actuellement l’étude de référence sur l’effet thérapeutique de l’HSG au lipiodol. Plus de 1 100 femmes présentant une infertilité depuis au moins un an ont été randomisées pour recevoir une hystérosalpingographie avec soit un produit hydrosoluble iodé, soit du Lipiodol Ultra-Fluide. Toutes présentaient une probabilité suffisante de conception spontanée, ce qui permettait d’évaluer l’impact direct de l’examen sur les grossesses naturelles, avec ou sans recours secondaire à une insémination intra-utérine.
Les résultats sont parlants : dans les six mois suivant l’examen, 39,7 % des femmes du groupe lipiodol ont obtenu une grossesse évolutive, contre 29,1 % dans le groupe produit hydrosoluble, soit une augmentation relative d’environ 37 % des chances de grossesse. Le taux de naissance vivante a suivi la même tendance, avec 38,8 % dans le groupe lipiodol contre 28,1 % dans le groupe contrôle. En pratique, cela signifie que pour 10 femmes bénéficiant d’une HSG, l’utilisation de lipiodol se traduit en moyenne par une grossesse supplémentaire dans l’année qui suit, sans geste invasif additionnel. Les taux d’effets indésirables graves sont restés faibles et comparables entre les deux groupes, confortant la sécurité de cette approche lorsqu’elle est pratiquée dans des centres expérimentés.
Les méta-analyses de cochrane sur la fertilité après hystérosalpingographie
Au-delà de cet essai emblématique, plusieurs méta-analyses, dont certaines réalisées sous l’égide de la Collaboration Cochrane, ont compilé les résultats de dizaines d’études sur l’hystérosalpingographie et la fertilité. Bien que la qualité méthodologique des études plus anciennes soit parfois hétérogène, une tendance globale se dégage : le lavage tubaire, en particulier avec des produits liposolubles, s’accompagne d’une augmentation significative des taux de grossesse spontanée dans l’année suivant l’examen.
Les revues systématiques soulignent notamment que l’effet bénéfique est le plus marqué chez les femmes présentant une infertilité inexpliquée, des trompes a priori perméables et l’absence d’atteinte tubaire majeure (hydrosalpinx bilatéral, séquelles infectieuses sévères). En revanche, chez les patientes dont le bilan d’infertilité pointe clairement vers une autre cause principale (infertilité masculine sévère, insuffisance ovarienne majeure), le gain attendu est plus modeste. Ces données plaident en faveur d’une utilisation ciblée de l’HSG thérapeutique au lipiodol, intégrée de façon raisonnée au parcours de soin, plutôt que d’un recours systématique et indifférencié.
Les taux de grossesse spontanée dans les six mois suivant l’examen
Dans la pratique clinique quotidienne, de nombreux centres d’AMP observent qu’environ un tiers des femmes réalisant une hystérosalpingographie tombent enceintes dans les six à douze mois qui suivent, toutes causes confondues. Ce chiffre est cohérent avec le « triptyque » classique de la fertilité : un tiers des difficultés liées au sperme, un tiers à l’ovulation, un tiers aux trompes. En lavant et en dépliant ces dernières, l’HSG agit précisément sur ce dernier volet, ce qui explique cet ordre de grandeur.
Il est important de rappeler que ces chiffres sont des moyennes : vos chances personnelles de grossesse après HSG dépendent de votre âge, de la durée de l’infertilité, de la qualité du sperme de votre partenaire, de votre réserve ovarienne et des éventuelles pathologies associées (endométriose, syndrome des ovaires polykystiques, etc.). Néanmoins, si votre bilan ne met pas en évidence de facteur masculin majeur et que vos cycles ovulatoires sont réguliers, il est légitime d’envisager l’hystérosalpingographie comme une étape à fort potentiel, avant de recourir à des techniques plus lourdes comme la FIV.
Les indications et contre-indications de l’HSG dans le bilan d’infertilité
L’hystérosalpingographie s’inscrit généralement dans le bilan d’infertilité du couple après 12 mois de rapports réguliers non protégés sans grossesse (ou 6 mois si la femme a plus de 35 ans). Son indication principale reste l’évaluation de la cavité utérine et de la perméabilité tubaire, deux paramètres essentiels pour la conception naturelle comme pour les techniques d’AMP. Cependant, l’HSG n’est pas pertinente dans toutes les situations, et certaines contre-indications doivent être respectées pour garantir votre sécurité et la fiabilité des résultats.
Le dépistage de l’hydrosalpinx et son impact sur l’implantation embryonnaire
L’hydrosalpinx correspond à une dilatation d’une trompe remplie de liquide inflammatoire, souvent consécutive à une ancienne infection pelvienne. L’hystérosalpingographie permet de le dépister en montrant une trompe distendue, opacifiée, mais sans passage libre du produit dans le péritoine. Cette pathologie ne se contente pas de diminuer la perméabilité tubaire : le liquide qu’elle contient peut refluer vers la cavité utérine, perturber la muqueuse endométriale et réduire les chances d’implantation embryonnaire, y compris en cas de FIV.
Plusieurs études ont ainsi démontré que la présence d’un hydrosalpinx réduit de manière significative les taux de grossesse et de naissance vivante après transfert d’embryons. Sa détection par HSG est donc un élément clé du bilan avant AMP : selon les cas, une salpingectomie (ablation de la trompe atteinte) ou une occlusion tubaire proximale peuvent être proposées avant la tentative de FIV, afin d’optimiser les chances d’implantation. Dans cette perspective, l’hystérosalpingographie ne se limite pas à un rôle de « lavage » mais contribue aussi à repérer les situations où une intervention préalable s’avère nécessaire.
Les synéchies utérines et malformations müllériennes détectables par HSG
Les synéchies utérines, aussi appelées syndrome d’Asherman, sont des adhérences intra-cavitaires qui peuvent faire suite à un curetage, une fausse couche, une césarienne ou une infection. Elles réduisent le volume utile de la cavité utérine et peuvent empêcher la bonne implantation d’un embryon. Sur une HSG, elles se manifestent par des lacunes de remplissage, des zones de cavité « amarrées » ou des contours irréguliers. Leur identification est essentielle, car une hystéroscopie opératoire peut souvent les traiter et restaurer une cavité favorable à la nidation.
L’examen radiologique permet également d’orienter le diagnostic de malformations müllériennes (utérus cloisonné, bicorne, unicorne, etc.). Ces anomalies congénitales de la forme de l’utérus peuvent être responsables de fausses couches à répétition, de prématurité ou d’infertilité. L’HSG met en évidence la forme interne de la cavité, et associée parfois à une IRM ou à une hystéroscopie, elle aide à distinguer les différentes malformations, ce qui est crucial pour proposer, le cas échéant, une correction chirurgicale ciblée.
Les risques d’infection pelvienne et la prophylaxie antibiotique péri-examen
Comme tout geste invasif touchant la cavité utérine et les trompes, l’hystérosalpingographie comporte un risque, certes faible mais réel, d’infection pelvienne. Le passage de bactéries vaginales vers les trompes, favorisé par l’injection sous pression, peut conduire à une endométrite ou une salpingite. Pour limiter ce risque, une prophylaxie antibiotique est souvent prescrite autour de l’examen, en particulier si vous avez des antécédents d’infection génitale, d’endométrite ou d’hydrosalpinx connu.
En pratique, un traitement antibiotique de quelques jours, débuté la veille ou le jour même de l’HSG, suffit dans la majorité des cas à prévenir ces complications. Il est par ailleurs indispensable de signaler toute fièvre, douleur pelvienne intense, pertes malodorantes ou saignements anormaux dans les jours qui suivent l’examen. Les autres contre-indications majeures de l’hystérosalpingographie sont la grossesse (potentiel risque de fausse couche lié aux rayons X), l’allergie avérée aux produits iodés, et la présence d’une infection génitale en cours, qui doit être traitée avant de programmer l’examen.
Les alternatives diagnostiques et thérapeutiques à l’hystérosalpingographie
Bien que l’hystérosalpingographie constitue un pilier du bilan tubaire, elle n’est pas la seule méthode disponible pour évaluer la perméabilité des trompes et la cavité utérine. Selon votre situation clinique, votre tolérance aux produits iodés, vos antécédents chirurgicaux ou le projet d’AMP envisagé, votre équipe médicale peut vous proposer des examens alternatifs ou complémentaires. Certains de ces gestes ont surtout une vocation diagnostique, d’autres associent d’emblée une dimension thérapeutique, un peu comme l’HSG au lipiodol.
La chromopertubation par cœlioscopie pour l’évaluation de la perméabilité tubaire
La chromopertubation cœlioscopique est considérée comme la méthode de référence pour l’évaluation directe de la perméabilité tubaire. Réalisée sous anesthésie générale, elle consiste à injecter un colorant bleu par le col de l’utérus pendant qu’une caméra introduite dans l’abdomen (par cœlioscopie) permet de visualiser en direct la sortie du colorant par les pavillons tubaires. L’absence de passage du colorant signe une obstruction tubaire, tandis qu’un passage asymétrique ou ralenti orientera vers des lésions plus subtiles.
Ce geste a l’avantage d’autoriser, dans le même temps opératoire, des gestes thérapeutiques : libération d’adhérences pelviennes, traitement de foyers d’endométriose, ouverture d’un hidrosalpinx, etc. Cependant, il s’agit d’une intervention chirurgicale, plus invasive et coûteuse qu’une hystérosalpingographie, et qui n’est pas justifiée en première intention chez toutes les patientes. Elle est généralement réservée aux situations complexes (douleurs pelviennes importantes, suspicion d’endométriose profonde, images échographiques anormales) ou aux cas où les examens non invasifs ne permettent pas de conclure.
L’hystérosonographie avec produit de contraste échographique ExEm-Foam
L’hystérosonographie avec mousse de contraste (ExEm-Foam, par exemple) représente une alternative non irradiant à l’HSG traditionnelle. Le principe consiste à injecter une mousse stérile dans la cavité utérine, puis à suivre son passage dans les trompes à l’aide d’une sonde d’échographie endovaginale. La mousse crée de petits microbulles qui réfléchissent fortement les ultrasons, permettant de visualiser nettement les trompes et leur perméabilité sans recourir aux rayons X ni aux produits iodés.
Les études disponibles montrent une bonne concordance diagnostique entre HyFoSy et HSG pour l’évaluation de la perméabilité tubaire. En revanche, l’effet thérapeutique sur la fertilité semble, à ce jour, moins documenté qu’avec le lipiodol. Pour les patientes allergiques à l’iode, très inquiètes vis-à-vis de l’irradiation ou suivies dans des structures ne pratiquant pas l’HSG liposoluble, l’hystérosonographie constitue néanmoins une excellente alternative pour obtenir un « état des lieux » fiable des trompes et de la cavité utérine.
La place de l’HSG avant fécondation in vitro ou insémination intra-utérine
Où situer l’hystérosalpingographie dans le parcours d’AMP, notamment avant une insémination intra-utérine (IIU) ou une fécondation in vitro (FIV) ? Dans le cadre de l’IIU, la vérification préalable de la perméabilité tubaire est indispensable, puisque la rencontre ovocyte–spermatozoïdes se déroule toujours dans les trompes. Une HSG récente, idéalement réalisée au lipiodol lorsqu’aucune contre-indication n’existe, permet à la fois de s’assurer de l’absence de facteur tubaire majeur et d’optimiser les chances de grossesse dans les cycles qui suivent l’insémination.
Pour la FIV, la situation est plus nuancée, car la fécondation se fait en laboratoire et l’état des trompes semble, à première vue, moins déterminant. Pourtant, l’identification d’un hydrosalpinx, la détection d’anomalies utérines ou d’adhérences intra-cavitaires restent des informations cruciales avant un transfert d’embryons. C’est pourquoi de nombreux centres continuent de recommander une exploration utéro-tubaire, par HSG ou examen équivalent, avant de démarrer un protocole de FIV, surtout lorsque le bilan initial laisse planer un doute sur l’intégrité de ces structures. Intégrer l’hystérosalpingographie de manière réfléchie dans votre parcours, en concertation étroite avec votre équipe médicale, permet souvent de maximiser vos chances de grossesse, tout en évitant des gestes invasifs prématurés.